lundi 6 juillet 2026

Les Aimants - Chapitre 8

 Chapitre 8 — Le bruit après la tempête

Les rumeurs ne disparaissent pas.

Elles changent juste de forme.

Emma l’avait compris dès le deuxième jour.

Le premier jour, c’était choquant.
Le deuxième, c’était répétitif.
Le troisième… c’était installé.

Comme un meuble que personne n’avait demandé mais que tout le monde utilisait quand même.


Nadia avait essayé de comprendre.

— Mais c’est n’importe quoi, Emma. T’as pas à écouter ça.

Emma avait haussé les épaules.

— Je l’écoute pas.

Mais ce n’était pas vrai.

On n’a pas besoin d’écouter quelque chose pour que ça reste dans la tête.


Dans les corridors, les mots arrivaient par morceaux.

Jamais complets.

Toujours assez forts pour faire mal, jamais assez clairs pour être confrontés.

— C’est elle…
— Il l’a raconté aux gars…
— Genre, il était déçu…

Et chaque fois, Emma avait l’impression que sa peau devenait trop petite pour ce qu’elle devait contenir.


Elle avait commencé à marcher plus vite dans l’école.

À éviter certains couloirs.

À choisir des chemins plus longs juste pour éviter les groupes.

Pas parce qu’elle avait peur.

Parce qu’elle était fatiguée.


Romain, lui, ne posait pas de questions.

Il apparaissait après l’école comme une habitude.

Toujours au même endroit.

Toujours au bon moment.

— Viens, avait-il dit un après-midi en lui tendant son écouteur.

Emma l’avait regardé.

— Pour quoi?

— Pour marcher. Juste marcher.

Et elle avait fini par accepter.

Sans enthousiasme.

Sans refus.

Juste… par inertie.


Ils avaient marché longtemps ce jour-là.

Sans parler au début.

Puis un peu.

Puis plus naturellement.

Romain racontait des choses inutiles.

Des anecdotes sur ses profs.

Des souvenirs de hockey.

Des pensées qui ne demandaient rien en retour.

Et Emma, sans s’en rendre compte, répondait parfois.


Chez elle, les choses avaient commencé à changer doucement.

Romain était passé d’“invité” à “présence”.

Il arrivait après l’école, posait son sac, et s’installait dans le salon comme si c’était normal.


— Tu veux du jus? demandait la mère d’Emma.

— Oui, merci Madame Audrey, répondait-il toujours avec politesse.

Et Audrey l’adorait déjà.

— Il est tellement respectueux, lui, disait-elle en passant.

Emma levait les yeux au ciel sans répondre.


Ils écoutaient de la musique.

Parfois des films jouaient sans être vraiment regardés.

Parfois ils parlaient.

Parfois non.

Et le silence entre eux n’était jamais lourd.

C’était nouveau pour Emma.


Un soir, ils ont joué aux cartes avec Audrey.

Romain était étonnamment bon joueur.

— Tu triches, avait lancé Emma sans conviction.

— Je suis juste stratégique, avait-il répondu en souriant.

Audrey riait beaucoup ce soir-là.

Trop, même.


Emma, elle, observait.

Toujours un peu en retrait.

Comme si elle regardait sa propre vie de l’extérieur.


Quand elle montait se coucher, Romain restait souvent en bas.

Et elle entendait leurs voix.

Romain et sa mère.

Parler longtemps.

Rire parfois.

Comme si le temps ne comptait pas.


Un soir, en passant devant les escaliers, elle avait entendu :

— Elle fait semblant d’être solide, mais elle encaisse tout.

La voix de Romain.

Puis celle de sa mère :

— Elle est plus sensible qu’elle veut le montrer.

Emma était restée immobile une seconde.

Puis elle avait continué à monter.

Sans commentaire.


Le lendemain, Romain était encore là.

Comme toujours.

Mais quelque chose avait changé.

Pas chez lui.

Chez elle.

Une sorte de fatigue différente.

Moins bruyante.

Plus vide.


— T’as pas besoin de tout porter toute seule, avait-il dit doucement en la regardant.

Emma avait soupiré.

— Je porte rien.

Silence.

Puis elle avait ajouté :

— J’essaie juste d’oublier.

Romain n’avait pas répondu tout de suite.

Et dans ce silence-là, il y avait quelque chose de nouveau.

Quelque chose qui n’avait pas encore de nom.


Emma, elle, n’en voulait aucun.

Ni explication.

Ni réparation.

Ni nouvelle histoire.

Juste du calme.


Mais certaines présences ne demandent pas la permission pour rester.


Et sans le savoir encore, Romain venait de commencer à tomber.

Pendant qu’Emma, elle, faisait tout pour ne rien ressentir du tout.




jeudi 25 juin 2026

LES AIMANTS - Chapitre 7

Chapitre 7 — La machine à rumeurs 

La soirée dansante de l’école secondaire n’avait rien d’extraordinaire au début.

Une salle décorée trop vite, des lumières colorées accrochées de travers, une musique qui faisait vibrer les murs plus qu’elle ne les remplissait.

Les élèves circulaient par petits groupes, comme toujours. Ceux qui dansaient vraiment. Ceux qui faisaient semblant. Et ceux qui observaient en attendant que le temps passe.

Emma, elle, oscillait entre les deux derniers.

Elle était venue avec Nadia et deux autres amies, mais dès les premières chansons, elle avait senti cette impression étrange d’être là sans vraiment y être.

Comme si quelque chose dans l’air était sur le point de basculer.


Puis elle l’avait vu.

Martin.

Il était là.

Dans cet univers temporaire où les règles semblaient différentes.

Il était appuyé contre le mur près de la piste, parlant avec des amis, riant trop facilement, comme s’il appartenait parfaitement à cet endroit.

Et dès qu’il avait levé les yeux et croisé les siens, Emma avait senti ce fil invisible se tendre entre eux.


Ils n’avaient pas beaucoup parlé au début.

Juste des regards.

Des passages près de la piste.

Des gestes qui semblaient anodins pour les autres, mais qui ne l’étaient pas pour eux.

— Tu danses ou tu fais juste du repérage? avait fini par dire Martin en s’approchant.

Emma avait roulé des yeux.

— Je “fais du repérage”, évidemment.

Il avait souri.

— Ça te va bien, le repérage.

Elle avait levé un sourcil.

— Ça veut dire quoi ça?

— Ça veut dire que t’as l’air de voir tout sans être dans le chaos.

Emma avait voulu répondre quelque chose d’intelligent.

Mais elle ne l’avait pas fait.


Plus tard dans la soirée, la musique avait changé.

Plus lente.

Plus collante.

Les groupes s’étaient dissous sur la piste de danse.

Et Emma s’était retrouvée à danser sans vraiment décider avec qui elle dansait.

Jusqu’à ce que Martin soit là.

Juste là.

Trop proche pour être accidentel.


— T’es venue avec quelqu’un? avait-il demandé.

— Avec des amies.

— Mhm.

Silence.

Puis il avait ajouté :

— T’as l’air ailleurs.

Emma avait soupiré.

— C’est juste la soirée. C’est… beaucoup.

Martin avait hoché la tête, comme s’il comprenait mieux qu’il ne le disait.


Ils avaient continué à danser.

Pas collés.

Pas distants.

Entre les deux.

Dans cet espace étrange où deux personnes se testent sans se l’avouer.


Et à un moment précis — impossible à situer dans la musique, dans le temps ou dans la logique — Martin avait simplement arrêté de parler.

Il l’avait regardée.

Vraiment regardée.

Et Emma avait senti que quelque chose se décidait sans mots.


Le baiser n’avait pas été spectaculaire.

Pas brusque.

Pas parfait.

Juste réel.

Un contact bref, hésitant au début, puis un peu plus assumé avant de se briser comme s’ils avaient tous les deux réalisé en même temps ce qu’ils venaient de faire.


Emma avait reculé légèrement.

— Ok… avait-elle soufflé.

Martin avait souri, un peu nerveux.

— Ouais… ok.

Et ils n’avaient pas vraiment reparlé tout de suite.

Comme si le silence était la seule façon de garder ça intact.


Plus tard dans la soirée, ils s’étaient séparés sans scène.

Sans promesse.

Sans plan.

Juste avec cette impression floue que quelque chose venait de commencer… ou de se compliquer.


Le lundi matin, Emma avait compris que le problème n’était pas ce qui s’était passé.

C’était ce que les autres avaient décidé d’en faire.


À l’école, rien n’était dit directement.

Mais tout était dit quand même.

Des regards.

Des rires étouffés.

Des conversations qui s’arrêtent quand elle passe.


— C’est elle, la fille de Martin…
— Paraît qu’ils ont couché ensemble…
— Il l’a dit à son équipe de hockey…
— Il paraît qu’il a dit qu’elle était…

Le mot tombait toujours pareil.

Toujours trop facilement.

Frigide.


Emma s’est figée dans le corridor.

Le reste des voix s’est brouillé.

Elle ne pouvait pas aller confronter Martin.

Il n’était pas là.

Pas dans son école.

Pas dans ses couloirs.

Juste dans ce vide qu’il avait laissé derrière lui.


Elle est sortie dehors à la pause sans vraiment décider de la direction.

Le froid lui a frappé le visage.

Elle a marché jusqu’à un banc, loin de tout.

Et elle est restée là, immobile, comme si bouger allait rendre tout ça plus réel.


C’est là que Romain est arrivé.

Sans urgence.

Sans pression.

Juste là.


— T’as l’air ailleurs, a-t-il dit doucement.

Emma n’a pas répondu tout de suite.

Parce que pour une fois, elle ne savait pas par où commencer.








jeudi 18 juin 2026

LES AIMANTS - Chapitre 6

 Chapitre 6 — Les aimants ne choisissent pas toujours la bonne force

Emma n’avait presque pas dormi.

Pas parce qu’elle était triste.
Pas parce qu’elle était heureuse non plus.

Plutôt parce que son cerveau refusait de se taire depuis le party.

Martin.

Son nom tournait en boucle, comme une chanson qu’on n’a pas choisie mais qui reste collée.

Elle regardait son téléphone toutes les cinq minutes. Rien.
Pas de message. Pas de snap. Pas même un “t’es bien rentrée?”

Évidemment, pensa-t-elle en se tournant dans son lit. Pourquoi il écrirait?

Mais une autre partie d’elle, plus dangereuse, plus naïve, insistait :
Parce que c’était spécial.


Au lunch, à l’école, ses amies étaient déjà en train de parler de tout… sauf de ce qui lui brûlait la langue.

— T’as vu les stories de Sarah?
— Le prof de maths a encore pété un câble.
— On va au centre d’achat vendredi?

Emma souriait aux bons endroits. Hochaient la tête. Riait même.

Mais à l’intérieur, elle était ailleurs.

Elle revoyait Martin adossé au mur, son rire trop facile, ses yeux qui revenaient toujours vers elle comme s’il y avait une force invisible entre eux.

Un genre de courant.

Un genre de… d’aimant.


— T’as l’air dans la lune, dit Nadia en s’asseyant en face d’elle.

Emma haussa les épaules.

— J’suis juste fatiguée.

Nadia plissa les yeux.

— Fatiguée ou en mode “je pense à quelqu’un depuis hier soir”?

Emma manqua presque de s’étouffer avec son jus.

— N’importe quoi.

Mais son sourire l’avait trahie.


Après les cours, en sortant de l’école, elle le vit.

Martin.

Appuyé près de la clôture, comme s’il attendait quelqu’un… ou comme s’il savait déjà qu’elle allait passer par là.

Son cœur a fait ce petit saut stupide qu’elle détestait.

— Hey, dit-il simplement quand elle s’approcha.

Juste ça.
Pas de grand discours. Pas de drama.

Mais Emma avait l’impression que ça prenait toute la place du monde.

— Hey… répondit-elle.

Silence.

Pas gênant.
Pire que ça.

Chargé.


— T’as bien dormi? demanda-t-il finalement.

— Pas vraiment.

Il sourit, comme si cette réponse lui plaisait.

— Moi non plus.

Et là, quelque chose a changé.
Pas dans le décor. Pas dans les gens autour.

Entre eux.

Comme si la distance entre leurs deux silences venait de disparaître d’un coup.


— C’était weird hier soir, dit Emma plus doucement.

— Ouais, confirma-t-il.

Pause.

Puis il ajouta :

— Mais pas dans le mauvais sens.

Emma le regarda.

— Dans quel sens alors?

Martin haussa les épaules, mais ses yeux, eux, ne fuyaient pas.

— Dans le sens où… j’arrêtais pas de revenir à toi dans ma tête.

Emma sentit son estomac se contracter.

Pas une alarme.

Pas un danger.

Plutôt un glissement.

Comme quelque chose qui tombe en place sans demander la permission.


Le silence revint.

Mais cette fois, il était différent.

Moins vide.

Plus lourd.

Plus vrai.


— On se reverra au prochain party? demanda Emma finalement, comme si c’était une question normale.

Martin eut un petit rire.

— On va se revoir avant ça, j’espère.

Elle sentit son visage chauffer.

— Ah ouais?

— Ouais.

Simple. Direct.

Comme une évidence qu’il ne jugeait même pas nécessaire d’expliquer.


Quand Emma s’éloigna enfin, elle ne se retourna pas.

Mais elle savait.

Elle savait déjà que quelque chose venait de commencer.

Et que cette fois… ce n’était plus juste dans sa tête.






jeudi 11 juin 2026

LES AIMANTS - Chapitre 5

 Chapitre 5 — Faire semblant

Au début, Romain ne remarque rien.

Pourquoi le remarquerait-il ?

Emma est toujours là.

Toujours dans l'autobus.

Toujours dans les corridors.

Toujours prête à rire à ses blagues de gars qui se trouve plus drôle qu'il ne l'est réellement.

En apparence, rien n'a changé.

En apparence seulement.

Parce qu'à l'intérieur, Emma a pris une décision.

Elle va arrêter d'espérer.

Arrêter d'attendre.

Arrêter de construire des histoires avec quelqu'un qui est amoureux d'une autre fille.

C'est simple.

Enfin...

Sur papier.


Puis Martin arrive.

Et soudainement, ça devient beaucoup plus facile.


C'est encore un party.

Parce qu'à quinze ans, toutes les histoires importantes semblent commencer dans un sous-sol beaucoup trop rempli de monde.

Emma n'avait même pas envie d'y aller.

Mais Nadia l'a pratiquement traînée par les cheveux.

— Tu passes ton temps à broyer du noir. Tu viens.

— Je ne broie pas du noir.

— Emma. Tu regardes dans le vide depuis trois semaines.

— J'aime le vide.

— Tu viens.


Nadia est arrivée dans la vie d'Emma quelques mois plus tôt.

Grande gueule.

Drôle.

Incapable de garder un secret plus de douze minutes.

Et surtout...

Complètement folle de Médéric.

Complètement.

Désespérément.

Ridiculement.

— Il est tellement beau.

— Il t'a parlé trois fois.

— Trois fois importantes.

— Une des trois fois, il t'a demandé de lui passer le ketchup.

— C'était romantique.

Emma éclate de rire.

Et pour la première fois depuis longtemps...

Ça fait du bien.


C'est Nadia qui aperçoit Martin la première.

— Oh.

— Quoi ?

— Le gars près de la table de billard.

Emma tourne la tête.

Et le voit.

Grand.

Brun.

Épaules larges.

Le genre de gars qui semble avoir passé sa vie dans une aréna.

Ce qui s'avère être exactement le cas.


Martin joue au hockey dans une école voisine.

Il est drôle.

Pas prétentieux.

Pas compliqué.

Il parle à Emma comme si elle était la seule personne dans la pièce.

Et surtout...

Il n'est pas Romain.


Pendant des semaines, ils se parlent.

Puis ils se voient.

Puis ils se fréquentent.

Puis Emma tombe amoureuse.

Pour vrai.

Ou du moins assez pour que quelque chose change.

Quelque chose d'important.


Elle pense moins à Romain.

Beaucoup moins.

Parfois même pas du tout.

Et ça...

Ça dérange quelqu'un.


Romain.


Au début, ce sont de petits commentaires.

— Tu textes encore ton joueur de hockey ?

— Oui.

— Ça doit être passionnant.

Puis :

— Tu le vois encore ce week-end ?

— Oui.

— Vous passez beaucoup de temps ensemble.

Puis :

— Tu trouves pas que ça va vite ?


Emma ne comprend pas.

Ou plutôt...

Elle comprend très bien.

Mais refuse d'y croire.

Parce que Romain est avec Marilou.

Parce que Romain a choisi Marilou.

Parce que Romain n'a absolument aucun droit d'avoir une opinion sur Martin.

Aucun.


Puis arrive la journée où tout explose.


La cafétéria est bondée.

Des centaines d'élèves.

Du bruit partout.

Emma est assise sur une table avec Nadia.

Elles rient.

Parlent de Martin.

Encore.

Évidemment.

— Il m'a appelée hier soir.

— Pendant combien de temps ?

— Deux heures.

— Deux heures ?

— Je sais.

— T'es rendue gossante.

Emma rit.

Puis elle aperçoit Romain qui approche.

Son visage est fermé.

Mauvais signe.

Très mauvais signe.


— Faut vraiment que tu parles juste de lui ?

demande-t-il.

Le sourire d'Emma disparaît.

— Pardon ?

— Ça fait des semaines.

Martin par-ci.

Martin par-là.

Martin.

Martin.

Martin.


Nadia regarde autour.

Comprend immédiatement qu'elle assiste à quelque chose.

Et décide de ne surtout pas intervenir.


— Ça te regarde pas.

dit Emma calmement.

— Ah non ?

— Non.

— Je pense que oui.


Le silence tombe autour de leur table.

Quelques élèves commencent à écouter.


Emma sent sa colère monter.

— Depuis quand ?

— Depuis que t'es plus la même.

— Peut-être parce que je suis heureuse.


Cette phrase-là frappe plus fort qu'elle le voulait.

Elle le voit.

Dans ses yeux.

Une seconde.

Une seule.


Puis il attrape le verre d'eau posé près de lui.

Et avant même que son cerveau ait le temps de comprendre...

Il le renverse sur les cuisses d'Emma.


L'eau froide traverse immédiatement son jean.

La cafétéria entière fige.


Une seconde.

Deux secondes.


Puis...

CLAC.

La gifle résonne dans toute la pièce.


Romain reste figé.

Emma aussi.

Sa main brûle.

Mais pas autant que sa colère.


— Ne me refais plus jamais ça.

Jamais.


Puis elle descend de la table.

Attrape son sac.

Et quitte.

Sous le silence complet de la cafétéria.


Le lendemain matin...

Emma ne s'assoit pas au troisième banc.

Pour la première fois depuis des mois.


Elle marche jusqu'au fond.

Et s'assoit avec Nadia.


Quand Romain monte dans l'autobus, son regard cherche automatiquement vers l'avant.

Puis vers l'arrière.

Puis trouve Emma.


Mais elle ne le regarde même pas.


Le lendemain.

Même chose.

Le surlendemain.

Encore.


Les jours deviennent des semaines.

Les semaines deviennent des mois.


Plus de conversations.

Plus de blagues.

Plus de regards.

Plus rien.


Emma découvre que Nadia est une amie exceptionnelle.

Le genre qui reste.

Le genre qui écoute.

Le genre qui te fait rire alors que tu pensais en être incapable.


Et pendant que Nadia continue d'être follement amoureuse de Médéric...

Emma continue de construire sa vie sans Romain.


Enfin...

C'est ce qu'elle essaie de faire.

Parce que parfois, dans l'autobus, quand elle l'aperçoit au loin...

Quand elle voit son profil par la fenêtre...

Quand elle entend son rire...

Une petite partie d'elle se souvient encore.


Et parfois...

Quand Romain pense qu'elle ne regarde pas...

Il la regarde aussi.

Comme s'il avait perdu quelque chose.

Quelque chose qu'il n'avait jamais cru pouvoir perdre.


Mais aucun des deux n'est prêt à faire le premier pas.

Et le silence continue de grandir entre eux.

Jour après jour.

Semaine après semaine.

Comme un fossé impossible à traverser.

Pour l'instant.





jeudi 4 juin 2026

LES AIMANTS - Chapitre 4

 Chapitre 4 — Le mauvais moment #1

Emma aurait dû le voir venir.

Sérieusement.

Tout le monde l'avait vu venir.

Même probablement le concierge de l'école.

Quand Romain avait demandé son avis sur Marilou quelques semaines plus tôt, quelque chose dans sa voix avait changé.

Pas beaucoup.

Juste assez.

Assez pour qu'Emma comprenne que cette fois, ce n'était pas juste une fille parmi d'autres.

Et malgré tout...

Une partie d'elle avait espéré.

Parce que l'espoir est stupide comme ça.


Les semaines passent.

L'autobus continue.

Les corridors continuent.

Les blagues continuent.

Romain continue d'être Romain.

Et Emma continue de faire semblant.

Elle devient même excellente.

Tellement excellente qu'elle réussit parfois à se convaincre elle-même.

On est juste amis.

Ça va passer.

Je vais finir par rencontrer quelqu'un d'autre.

Mensonges.

Tous des mensonges.


Le vendredi soir arrive avec un party organisé dans le sous-sol d'une maison dont les parents ont eu la brillante idée de partir pour la fin de semaine.

Une centaine d'adolescents prennent ça comme une invitation officielle au chaos.

Emma hésite à y aller.

Puis finit par accepter.

Parce que Romain va être là.

Ce qui est une excellente raison.

Et une terrible raison.


Quand elle arrive, la musique fait vibrer les murs.

Il y a du monde partout.

Dans les escaliers.

Dans la cuisine.

Dans le salon.

Sur les divans.

Elle reconnaît quelques visages.

Puis elle aperçoit Médéric.

Le frère de Romain.

Adossé à un mur.

Les bras croisés.

Comme toujours.

— Salut, Emma.

— Salut.

— Tu cherches mon frère ?

Emma manque s'étouffer.

— Non.

Médéric arque un sourcil.

— Ben oui.

Puis il repart avec un sourire en coin.

Premier sourire qu'elle lui voit depuis des mois.

Et évidemment, c'est pour se moquer d'elle.


Elle trouve finalement Romain près de la cuisine.

Et pendant quelques secondes...

Tout est normal.

Ils rient.

Ils parlent.

Ils se taquinent.

Comme d'habitude.

Comme toujours.

Comme si son cœur n'était pas constamment en train de faire des acrobaties autour de lui.

Puis Marilou arrive.

Et l'ambiance change.

Pas brusquement.

Pas dramatiquement.

Juste assez pour qu'Emma le sente.

Comme un changement de température dans une pièce.

Marilou touche le bras de Romain.

Romain sourit.

Marilou rit.

Romain la regarde un peu trop longtemps.

Emma comprend.

Avant même que quoi que ce soit arrive.

Elle comprend.


Une heure plus tard, elle est dans la cour arrière avec quelques amis.

L'air frais lui fait du bien.

Elle commençait à manquer d'oxygène à l'intérieur.

Quelqu'un raconte une histoire.

Quelqu'un d'autre rit trop fort.

Emma fait semblant d'écouter.

Puis elle tourne la tête.

Par hasard.

Simplement par hasard.

Et elle les voit.

Romain.

Et Marilou.

Sous les lumières suspendues de la galerie.

À quelques mètres à peine.

Ils s'embrassent.


Le monde ne s'arrête pas.

C'est ça le pire.

Dans les films, il y a toujours quelque chose.

Une musique dramatique.

Un ralenti.

Une pluie soudaine.

Quelque chose.

Dans la vraie vie ?

Rien.

Le monde continue.

Les gens parlent.

Les feuilles bougent dans les arbres.

Quelqu'un ouvre une canette.

Et pourtant...

Emma a l'impression que quelque chose vient de mourir.

Là.

Maintenant.

Sous ses yeux.


Elle détourne le regard.

Immédiatement.

Avant que quelqu'un remarque.

Avant même que son propre visage la trahisse.

Parce qu'Emma ne pleure pas.

Pas ici.

Pas devant eux.

Pas pour ça.


Le lundi suivant, Romain monte dans l'autobus.

Comme d'habitude.

S'assoit à côté d'elle.

Comme d'habitude.

Son épaule touche la sienne.

Comme d'habitude.

Mais rien n'est pareil.

Plus rien.

— Salut, Emma.

— Salut.

— T'as passé une belle fin de semaine ?

— Oui.

Mensonge.

— Toi ?

Son sourire apparaît immédiatement.

Le sourire d'un gars qui vit quelque chose de nouveau.

Quelque chose d'excitant.

Quelque chose qu'Emma déteste déjà.

— Ouais.

Et elle sait.

Sans même qu'il le dise.


Il lui raconte tout.

Pas parce qu'il est cruel.

Justement.

Parce qu'il lui fait confiance.

Parce qu'il la considère comme sa meilleure amie.

Parce qu'il ne réalise pas qu'à chaque phrase, il lui plante un couteau entre les côtes.

— Je pense que je vais lui demander de sortir avec moi.

Emma regarde par la fenêtre.

Les champs défilent.

Les arbres défilent.

Sa vie défile probablement aussi.

— Ah oui ?

— Ouais.

Je pense que ça pourrait être sérieux.


Sérieux.

Le mot résonne dans sa tête toute la journée.

Sérieux.

Comme une condamnation.


Quelques semaines plus tard, c'est officiel.

Romain et Marilou sont ensemble.

Tout le monde le sait.

Les corridors bourdonnent de la nouvelle.

Et Emma ?

Emma sourit.

Félicite Romain.

Fait des blagues.

Agit exactement comme une amie devrait agir.

Une performance digne d'un Oscar.


Le soir, seule dans sa chambre...

C'est une autre histoire.

Elle regarde le plafond pendant des heures.

Elle repasse chaque moment.

Chaque sourire.

Chaque regard.

Chaque seconde où elle avait cru, même un peu, que quelque chose pouvait exister entre eux.

Puis elle se sent ridicule.

Parce que rien n'avait jamais existé.

Rien.

Sauf dans sa tête.


Le lendemain matin, elle monte dans l'autobus.

Troisième banc.

Comme toujours.

Romain s'assoit à côté d'elle.

Comme toujours.

Et pour la première fois depuis leur rencontre...

Emma construit un mur.

Invisible.

Parfait.

Glacial.

Un mur que personne ne voit.

Surtout pas lui.

Parce que si son cœur vient de se briser...

Romain ne le saura jamais.

Jamais.






dimanche 31 mai 2026

LES AIMANTS - Chapitre 3

 Chapitre 3 — Juste des amis

Emma ne sait plus exactement à quel moment c’est devenu une habitude.

Peut-être le matin où Romain a gardé sa place dans l’autobus avec son sac.

Ou la fois où il lui a apporté un café beaucoup trop sucré de la cafétéria en disant :

— T’as l’air de quelqu’un qui boit ça.

Comme s’il la connaissait déjà.

Comme si elle se connaissait déjà.

Maintenant, c’est automatique.

Romain dans l’autobus.

Romain dans les corridors.

Romain qui apparaît à son casier avant même qu’elle ait le temps d’ouvrir son cadenas du premier coup.

— T’es vraiment mauvaise là-dedans.

— Je vais te frapper avec mon cadenas.

— Tu vois ? Violente. J’le savais.

Et il rit.

Toujours ce rire-là.

Celui qui donne l’impression qu’elle vient de gagner quelque chose.


Les gens parlent.

Évidemment qu’ils parlent.

Dans une petite école, quelqu’un pourrait éternuer au mauvais moment et ça deviendrait une légende locale avant le dîner.

Alors une nouvelle fille qui devient amie avec Romain Picard ?

C’est pratiquement un événement régional.

— Vous êtes ensemble ? demande une fille en éducation physique.

Emma échappe presque son ballon.

— Non.

Réponse beaucoup trop rapide.

La fille sourit légèrement.

Le genre de sourire qui dit ouain, c’est ça.

— Ben lui, il agit pas comme un gars “pas ensemble”.

Emma ne répond rien.

Parce que le problème…

C’est qu’elle comprend ce qu’elle veut dire.


Romain touche tout le monde.

Les épaules. Les bras. Les cheveux parfois.

Il est comme ça.

Physique. Charmeur. Facile.

Mais avec Emma…

C’est différent.

Plus constant.

Comme s’il oubliait qu’il la touche.

Comme si son corps décidait tout seul d’être proche d’elle.

Et Emma commence à remarquer des choses stupides.

La façon qu’il baisse la voix quand il lui parle.

La manière qu’il la regarde avant de sourire.

Le fait qu’il trouve toujours une raison de s’asseoir à côté d’elle.

Toujours.

Elle essaie de ne pas y penser.

Vraiment.

Mais son cerveau est rendu inutile.


Un soir, dans l’autobus, il lui enlève doucement ses écouteurs d’une oreille.

— Qu’est-ce que t’écoutes ?

— T’es donc ben envahissant.

— Oui.

Aucune honte.

Elle lui tend un écouteur malgré elle.

Leurs épaules se touchent pendant toute la chanson.

Et ça devrait être banal.

Mais ça ne l’est pas.

Pas du tout.

Quand la chanson finit, Romain tourne la tête vers elle.

Très proche.

Trop proche.

— T’as des bons goûts finalement.

Encore ce finalement.

Emma roule des yeux.

— T’es fatigant.

— Mais attachant.

Le pire…

C’est qu’il a raison.


Puis un jour, tout bascule un peu.

Pas à cause de Romain.

À cause d’elle.

Elle est en train de rire à quelque chose qu’il vient de dire. Un vrai rire. Le genre incontrôlable qui fait mal au ventre.

Et tout à coup…

Elle le regarde.

Vraiment.

Le soleil de fin d’après-midi entre dans l’autobus. Éclaire ses yeux. Son sourire. Sa mâchoire parfaite de gars beaucoup trop conscient qu’il est beau.

Et son cœur descend directement dans ses chaussures.

Oh non.

Non non non.

Pas ça.

Pas lui.

Pas maintenant.

Pas le gars le plus inaccessible de l’école.

Mais c’est déjà trop tard.

Parce qu’à partir de ce moment-là…

Elle remarque tout.

La jalousie ridicule quand des filles viennent lui parler.

Le vide quand il est absent.

Le petit stress idiot avant de monter dans l’autobus le matin.

Emma est foutue.

Complètement.


Le problème avec tomber amoureuse…

C’est qu’au début, personne le sait.

Tu continues de fonctionner normalement.

Tu souris.

Tu fais des blagues.

Tu agis comme d’habitude.

Pendant que ton cerveau, lui, est en train de brûler vivant.

Alors Emma devient excellente dans l’art de faire semblant.

Elle devient “la bonne amie”.

La fille relax.

La fille pas compliquée.

La fille qui rit quand Romain parle d’autres filles.

Même quand ça lui donne envie de se jeter en bas du banc d’autobus en mouvement.


Et évidemment…

L’univers décide de tester sa patience immédiatement.

Ils sont assis dans le gymnase pendant une conférence particulièrement plate sur l’intimidation.

Romain est à côté d’elle.

Comme d’habitude.

Son genou touche le sien.

Comme d’habitude.

Puis il se penche vers elle et murmure :

— J’pense que Marilou veut mon numéro.

Emma sent quelque chose se tordre dans son ventre.

Elle garde pourtant le visage neutre.

— Ah ouin ?

— Tu trouves-tu qu’est cute ?

Emma regarde devant elle.

Fixe le vide.

Respire une fois.

Deux fois.

Puis répond avec un calme qui mérite une médaille :

— Ben oui. Vraiment.

Silence.

Romain l’observe quelques secondes.

Comme s’il cherchait quelque chose dans sa face.

Puis il sourit légèrement.

— Hm.

C’est tout.

Juste ça.

Mais pendant le reste de la journée…

Emma a l’impression étrange d’avoir perdu quelque chose.

Quelque chose qu’elle n’a jamais eu.






LES AIMANTS - Chapitre 2

 Chapitre 2 — Salut, Emma

Le pire dans toute cette histoire-là…

C’est qu’Emma pense à Romain toute la journée.

Toute.

La.

Journée.

Pas de manière mignonne et romantique comme dans les films.

Non.

De manière profondément dérangeante.

Comme quand une chanson te reste coincée dans la tête au point de te donner envie de te frapper le front contre un mur.

Elle pense à son sourire.

À sa voix.

À son bras autour de ses épaules comme si c’était normal.

Comme si elle était normale.

Et surtout…

À la façon dont il avait dit son nom.

Emma.

Comme si ça sonnait bien.

Ce qui est franchement la première fois de sa vie.


L’école est immense.

Ou peut-être que c’est juste l’effet “nouvelle fille sans repères”.

Les corridors sentent le casier humide, le parfum cheap et les hormones mal gérées.

Les gens circulent vite autour d’elle.

Tout le monde semble savoir exactement où aller.

Sauf elle.

Évidemment.

Elle regarde son horaire au moins six fois avant de trouver son premier cours.

Et quand elle finit par entrer dans la classe…

Tous les regards se tournent vers elle.

Encore.

C’est fou comment les humains peuvent sentir la vulnérabilité comme des requins sentent le sang.

Le prof l’interrompt à peine.

— Nouvelle élève. Va t’asseoir où il reste de la place.

Merci Roger. Très chaleureux.

Il reste une place.

Toujours une seule.

Au fond.

À côté d’une fille aux cheveux rouges qui mâche sa gomme comme si elle avait un problème personnel avec elle.

Emma s’assoit.

La fille la regarde.

Longtemps.

Puis :

— T’es la fille de l’autobus.

Emma cligne des yeux.

— …quoi ?

— Romain Picard.

Et là, immédiatement, son cœur décide de devenir un imbécile.

— Quoi, Romain Picard ?

La fille ricane.

— Il t’a choisie vite.

Choisie ?

Emma sent déjà qu’elle n’aimera pas cette conversation.

— Je sais pas de quoi tu parles.

— Ben voyons. Romain s’assoit jamais en avant.

Ah.


Toute la journée, les gens semblent savoir qui elle est avant même qu’elle ouvre la bouche.

La nouvelle.

La fille avec Romain.

Ce qui est ridicule.

Elle connaît ce gars-là depuis environ douze minutes et demie.

Mais chaque fois qu’elle tourne un coin de corridor…

Il apparaît.

Comme une espèce de démon beaucoup trop beau.

— Salut, Emma.

Toujours ce sourire-là.

Toujours cette facilité insultante d’exister.

Et il agit comme s’ils étaient déjà amis depuis des années.

Au dîner, il s’assoit devant elle sans demander.

Encore.

— Tu survis ?

— À peine.

Il rit.

Et mon dieu qu’il est beau quand il rit.

C’est agressant.

Son frère est avec lui aujourd’hui. Plus silencieux. Plus vieux dans sa manière d’être aussi.

— C’est Médéric, dit Romain.

Médéric fait juste lever la tête un peu en guise de salut.

— Faut pas prendre ça personnel, ajoute Romain. Mon frère parle juste quand c’est nécessaire.

— Contrairement à toi ? demande Emma avant de réfléchir.

Silence.

Puis Romain éclate de rire.

Un vrai rire.

Fort.

— Ahhh, ok. Toi t’es drôle finalement.

Finalement ?

Elle veut être insultée.

Mais elle rit aussi.

Contre son gré.


Les jours passent.

Et Romain devient une habitude.

Une habitude dangereuse.

Il vient la voir entre les cours.

Il l’attend près de son casier.

Il lui lance des commentaires niaiseux juste pour la faire rire.

Et elle rit.

Beaucoup trop.

Le pire, c’est qu’avec lui, elle oublie d’être nerveuse.

Elle oublie qu’elle est nouvelle.

Elle oublie même qu’elle essaie normalement de passer inaperçue.

Avec Romain, tout semble simple.

Trop simple.


Le vendredi suivant, Emma monte dans l’autobus.

Et sans même réfléchir…

Elle regarde vers le troisième banc.

Comme si c’était déjà sa place.

Comme si lui aussi allait déjà être là.

Elle s’assoit.

Attends.

L’autobus avance.

Un arrêt.

Deux arrêts.

Puis celui des frères Picard.

Son cœur accélère avant même qu’elle le voie.

Pathétique.

Le frère monte en premier.

Puis Romain.

Et dès qu’il met le pied dans l’autobus…

Il la cherche des yeux.

Directement.

Comme si lui aussi savait exactement où regarder.

Puis il sourit.

Ce sourire-là.

Celui qui donne envie de faire des mauvais choix.

Il avance vers elle.

S’assoit.

Son bras derrière ses épaules.

Encore.

Comme si c’était devenu automatique.

Comme si c’était déjà eux.

Emma regarde devant elle pour cacher son sourire.

Et c’est là qu’elle entend une voix derrière.

Une fille.

Moqueuse.

— Fais attention, la nouvelle.

Emma se retourne légèrement.

— Pourquoi ?

La fille hausse une épaule.

— Parce que Romain Picard, c’est jamais une bonne idée.

Silence.

Romain sourit sans même regarder derrière lui.

Comme quelqu’un qui a entendu ça souvent.

Puis il tourne la tête vers Emma.

Et dit doucement :

— Écoute-les pas.

Le problème…

C’est qu’elle ne sait déjà plus si elle en est capable.





Les Aimants - Chapitre 8

  Chapitre 8 — Le bruit après la tempête Les rumeurs ne disparaissent pas. Elles changent juste de forme. Emma l’avait compris dès le deu...