jeudi 11 juin 2026

LES AIMANTS - Chapitre 5

 Chapitre 5 — Faire semblant

Au début, Romain ne remarque rien.

Pourquoi le remarquerait-il ?

Emma est toujours là.

Toujours dans l'autobus.

Toujours dans les corridors.

Toujours prête à rire à ses blagues de gars qui se trouve plus drôle qu'il ne l'est réellement.

En apparence, rien n'a changé.

En apparence seulement.

Parce qu'à l'intérieur, Emma a pris une décision.

Elle va arrêter d'espérer.

Arrêter d'attendre.

Arrêter de construire des histoires avec quelqu'un qui est amoureux d'une autre fille.

C'est simple.

Enfin...

Sur papier.


Puis Martin arrive.

Et soudainement, ça devient beaucoup plus facile.


C'est encore un party.

Parce qu'à quinze ans, toutes les histoires importantes semblent commencer dans un sous-sol beaucoup trop rempli de monde.

Emma n'avait même pas envie d'y aller.

Mais Nadia l'a pratiquement traînée par les cheveux.

— Tu passes ton temps à broyer du noir. Tu viens.

— Je ne broie pas du noir.

— Emma. Tu regardes dans le vide depuis trois semaines.

— J'aime le vide.

— Tu viens.


Nadia est arrivée dans la vie d'Emma quelques mois plus tôt.

Grande gueule.

Drôle.

Incapable de garder un secret plus de douze minutes.

Et surtout...

Complètement folle de Médéric.

Complètement.

Désespérément.

Ridiculement.

— Il est tellement beau.

— Il t'a parlé trois fois.

— Trois fois importantes.

— Une des trois fois, il t'a demandé de lui passer le ketchup.

— C'était romantique.

Emma éclate de rire.

Et pour la première fois depuis longtemps...

Ça fait du bien.


C'est Nadia qui aperçoit Martin la première.

— Oh.

— Quoi ?

— Le gars près de la table de billard.

Emma tourne la tête.

Et le voit.

Grand.

Brun.

Épaules larges.

Le genre de gars qui semble avoir passé sa vie dans une aréna.

Ce qui s'avère être exactement le cas.


Martin joue au hockey dans une école voisine.

Il est drôle.

Pas prétentieux.

Pas compliqué.

Il parle à Emma comme si elle était la seule personne dans la pièce.

Et surtout...

Il n'est pas Romain.


Pendant des semaines, ils se parlent.

Puis ils se voient.

Puis ils se fréquentent.

Puis Emma tombe amoureuse.

Pour vrai.

Ou du moins assez pour que quelque chose change.

Quelque chose d'important.


Elle pense moins à Romain.

Beaucoup moins.

Parfois même pas du tout.

Et ça...

Ça dérange quelqu'un.


Romain.


Au début, ce sont de petits commentaires.

— Tu textes encore ton joueur de hockey ?

— Oui.

— Ça doit être passionnant.

Puis :

— Tu le vois encore ce week-end ?

— Oui.

— Vous passez beaucoup de temps ensemble.

Puis :

— Tu trouves pas que ça va vite ?


Emma ne comprend pas.

Ou plutôt...

Elle comprend très bien.

Mais refuse d'y croire.

Parce que Romain est avec Marilou.

Parce que Romain a choisi Marilou.

Parce que Romain n'a absolument aucun droit d'avoir une opinion sur Martin.

Aucun.


Puis arrive la journée où tout explose.


La cafétéria est bondée.

Des centaines d'élèves.

Du bruit partout.

Emma est assise sur une table avec Nadia.

Elles rient.

Parlent de Martin.

Encore.

Évidemment.

— Il m'a appelée hier soir.

— Pendant combien de temps ?

— Deux heures.

— Deux heures ?

— Je sais.

— T'es rendue gossante.

Emma rit.

Puis elle aperçoit Romain qui approche.

Son visage est fermé.

Mauvais signe.

Très mauvais signe.


— Faut vraiment que tu parles juste de lui ?

demande-t-il.

Le sourire d'Emma disparaît.

— Pardon ?

— Ça fait des semaines.

Martin par-ci.

Martin par-là.

Martin.

Martin.

Martin.


Nadia regarde autour.

Comprend immédiatement qu'elle assiste à quelque chose.

Et décide de ne surtout pas intervenir.


— Ça te regarde pas.

dit Emma calmement.

— Ah non ?

— Non.

— Je pense que oui.


Le silence tombe autour de leur table.

Quelques élèves commencent à écouter.


Emma sent sa colère monter.

— Depuis quand ?

— Depuis que t'es plus la même.

— Peut-être parce que je suis heureuse.


Cette phrase-là frappe plus fort qu'elle le voulait.

Elle le voit.

Dans ses yeux.

Une seconde.

Une seule.


Puis il attrape le verre d'eau posé près de lui.

Et avant même que son cerveau ait le temps de comprendre...

Il le renverse sur les cuisses d'Emma.


L'eau froide traverse immédiatement son jean.

La cafétéria entière fige.


Une seconde.

Deux secondes.


Puis...

CLAC.

La gifle résonne dans toute la pièce.


Romain reste figé.

Emma aussi.

Sa main brûle.

Mais pas autant que sa colère.


— Ne me refais plus jamais ça.

Jamais.


Puis elle descend de la table.

Attrape son sac.

Et quitte.

Sous le silence complet de la cafétéria.


Le lendemain matin...

Emma ne s'assoit pas au troisième banc.

Pour la première fois depuis des mois.


Elle marche jusqu'au fond.

Et s'assoit avec Nadia.


Quand Romain monte dans l'autobus, son regard cherche automatiquement vers l'avant.

Puis vers l'arrière.

Puis trouve Emma.


Mais elle ne le regarde même pas.


Le lendemain.

Même chose.

Le surlendemain.

Encore.


Les jours deviennent des semaines.

Les semaines deviennent des mois.


Plus de conversations.

Plus de blagues.

Plus de regards.

Plus rien.


Emma découvre que Nadia est une amie exceptionnelle.

Le genre qui reste.

Le genre qui écoute.

Le genre qui te fait rire alors que tu pensais en être incapable.


Et pendant que Nadia continue d'être follement amoureuse de Médéric...

Emma continue de construire sa vie sans Romain.


Enfin...

C'est ce qu'elle essaie de faire.

Parce que parfois, dans l'autobus, quand elle l'aperçoit au loin...

Quand elle voit son profil par la fenêtre...

Quand elle entend son rire...

Une petite partie d'elle se souvient encore.


Et parfois...

Quand Romain pense qu'elle ne regarde pas...

Il la regarde aussi.

Comme s'il avait perdu quelque chose.

Quelque chose qu'il n'avait jamais cru pouvoir perdre.


Mais aucun des deux n'est prêt à faire le premier pas.

Et le silence continue de grandir entre eux.

Jour après jour.

Semaine après semaine.

Comme un fossé impossible à traverser.

Pour l'instant.





jeudi 4 juin 2026

LES AIMANTS - Chapitre 4

 Chapitre 4 — Le mauvais moment #1

Emma aurait dû le voir venir.

Sérieusement.

Tout le monde l'avait vu venir.

Même probablement le concierge de l'école.

Quand Romain avait demandé son avis sur Marilou quelques semaines plus tôt, quelque chose dans sa voix avait changé.

Pas beaucoup.

Juste assez.

Assez pour qu'Emma comprenne que cette fois, ce n'était pas juste une fille parmi d'autres.

Et malgré tout...

Une partie d'elle avait espéré.

Parce que l'espoir est stupide comme ça.


Les semaines passent.

L'autobus continue.

Les corridors continuent.

Les blagues continuent.

Romain continue d'être Romain.

Et Emma continue de faire semblant.

Elle devient même excellente.

Tellement excellente qu'elle réussit parfois à se convaincre elle-même.

On est juste amis.

Ça va passer.

Je vais finir par rencontrer quelqu'un d'autre.

Mensonges.

Tous des mensonges.


Le vendredi soir arrive avec un party organisé dans le sous-sol d'une maison dont les parents ont eu la brillante idée de partir pour la fin de semaine.

Une centaine d'adolescents prennent ça comme une invitation officielle au chaos.

Emma hésite à y aller.

Puis finit par accepter.

Parce que Romain va être là.

Ce qui est une excellente raison.

Et une terrible raison.


Quand elle arrive, la musique fait vibrer les murs.

Il y a du monde partout.

Dans les escaliers.

Dans la cuisine.

Dans le salon.

Sur les divans.

Elle reconnaît quelques visages.

Puis elle aperçoit Médéric.

Le frère de Romain.

Adossé à un mur.

Les bras croisés.

Comme toujours.

— Salut, Emma.

— Salut.

— Tu cherches mon frère ?

Emma manque s'étouffer.

— Non.

Médéric arque un sourcil.

— Ben oui.

Puis il repart avec un sourire en coin.

Premier sourire qu'elle lui voit depuis des mois.

Et évidemment, c'est pour se moquer d'elle.


Elle trouve finalement Romain près de la cuisine.

Et pendant quelques secondes...

Tout est normal.

Ils rient.

Ils parlent.

Ils se taquinent.

Comme d'habitude.

Comme toujours.

Comme si son cœur n'était pas constamment en train de faire des acrobaties autour de lui.

Puis Marilou arrive.

Et l'ambiance change.

Pas brusquement.

Pas dramatiquement.

Juste assez pour qu'Emma le sente.

Comme un changement de température dans une pièce.

Marilou touche le bras de Romain.

Romain sourit.

Marilou rit.

Romain la regarde un peu trop longtemps.

Emma comprend.

Avant même que quoi que ce soit arrive.

Elle comprend.


Une heure plus tard, elle est dans la cour arrière avec quelques amis.

L'air frais lui fait du bien.

Elle commençait à manquer d'oxygène à l'intérieur.

Quelqu'un raconte une histoire.

Quelqu'un d'autre rit trop fort.

Emma fait semblant d'écouter.

Puis elle tourne la tête.

Par hasard.

Simplement par hasard.

Et elle les voit.

Romain.

Et Marilou.

Sous les lumières suspendues de la galerie.

À quelques mètres à peine.

Ils s'embrassent.


Le monde ne s'arrête pas.

C'est ça le pire.

Dans les films, il y a toujours quelque chose.

Une musique dramatique.

Un ralenti.

Une pluie soudaine.

Quelque chose.

Dans la vraie vie ?

Rien.

Le monde continue.

Les gens parlent.

Les feuilles bougent dans les arbres.

Quelqu'un ouvre une canette.

Et pourtant...

Emma a l'impression que quelque chose vient de mourir.

Là.

Maintenant.

Sous ses yeux.


Elle détourne le regard.

Immédiatement.

Avant que quelqu'un remarque.

Avant même que son propre visage la trahisse.

Parce qu'Emma ne pleure pas.

Pas ici.

Pas devant eux.

Pas pour ça.


Le lundi suivant, Romain monte dans l'autobus.

Comme d'habitude.

S'assoit à côté d'elle.

Comme d'habitude.

Son épaule touche la sienne.

Comme d'habitude.

Mais rien n'est pareil.

Plus rien.

— Salut, Emma.

— Salut.

— T'as passé une belle fin de semaine ?

— Oui.

Mensonge.

— Toi ?

Son sourire apparaît immédiatement.

Le sourire d'un gars qui vit quelque chose de nouveau.

Quelque chose d'excitant.

Quelque chose qu'Emma déteste déjà.

— Ouais.

Et elle sait.

Sans même qu'il le dise.


Il lui raconte tout.

Pas parce qu'il est cruel.

Justement.

Parce qu'il lui fait confiance.

Parce qu'il la considère comme sa meilleure amie.

Parce qu'il ne réalise pas qu'à chaque phrase, il lui plante un couteau entre les côtes.

— Je pense que je vais lui demander de sortir avec moi.

Emma regarde par la fenêtre.

Les champs défilent.

Les arbres défilent.

Sa vie défile probablement aussi.

— Ah oui ?

— Ouais.

Je pense que ça pourrait être sérieux.


Sérieux.

Le mot résonne dans sa tête toute la journée.

Sérieux.

Comme une condamnation.


Quelques semaines plus tard, c'est officiel.

Romain et Marilou sont ensemble.

Tout le monde le sait.

Les corridors bourdonnent de la nouvelle.

Et Emma ?

Emma sourit.

Félicite Romain.

Fait des blagues.

Agit exactement comme une amie devrait agir.

Une performance digne d'un Oscar.


Le soir, seule dans sa chambre...

C'est une autre histoire.

Elle regarde le plafond pendant des heures.

Elle repasse chaque moment.

Chaque sourire.

Chaque regard.

Chaque seconde où elle avait cru, même un peu, que quelque chose pouvait exister entre eux.

Puis elle se sent ridicule.

Parce que rien n'avait jamais existé.

Rien.

Sauf dans sa tête.


Le lendemain matin, elle monte dans l'autobus.

Troisième banc.

Comme toujours.

Romain s'assoit à côté d'elle.

Comme toujours.

Et pour la première fois depuis leur rencontre...

Emma construit un mur.

Invisible.

Parfait.

Glacial.

Un mur que personne ne voit.

Surtout pas lui.

Parce que si son cœur vient de se briser...

Romain ne le saura jamais.

Jamais.






dimanche 31 mai 2026

LES AIMANTS - Chapitre 3

 Chapitre 3 — Juste des amis

Emma ne sait plus exactement à quel moment c’est devenu une habitude.

Peut-être le matin où Romain a gardé sa place dans l’autobus avec son sac.

Ou la fois où il lui a apporté un café beaucoup trop sucré de la cafétéria en disant :

— T’as l’air de quelqu’un qui boit ça.

Comme s’il la connaissait déjà.

Comme si elle se connaissait déjà.

Maintenant, c’est automatique.

Romain dans l’autobus.

Romain dans les corridors.

Romain qui apparaît à son casier avant même qu’elle ait le temps d’ouvrir son cadenas du premier coup.

— T’es vraiment mauvaise là-dedans.

— Je vais te frapper avec mon cadenas.

— Tu vois ? Violente. J’le savais.

Et il rit.

Toujours ce rire-là.

Celui qui donne l’impression qu’elle vient de gagner quelque chose.


Les gens parlent.

Évidemment qu’ils parlent.

Dans une petite école, quelqu’un pourrait éternuer au mauvais moment et ça deviendrait une légende locale avant le dîner.

Alors une nouvelle fille qui devient amie avec Romain Picard ?

C’est pratiquement un événement régional.

— Vous êtes ensemble ? demande une fille en éducation physique.

Emma échappe presque son ballon.

— Non.

Réponse beaucoup trop rapide.

La fille sourit légèrement.

Le genre de sourire qui dit ouain, c’est ça.

— Ben lui, il agit pas comme un gars “pas ensemble”.

Emma ne répond rien.

Parce que le problème…

C’est qu’elle comprend ce qu’elle veut dire.


Romain touche tout le monde.

Les épaules. Les bras. Les cheveux parfois.

Il est comme ça.

Physique. Charmeur. Facile.

Mais avec Emma…

C’est différent.

Plus constant.

Comme s’il oubliait qu’il la touche.

Comme si son corps décidait tout seul d’être proche d’elle.

Et Emma commence à remarquer des choses stupides.

La façon qu’il baisse la voix quand il lui parle.

La manière qu’il la regarde avant de sourire.

Le fait qu’il trouve toujours une raison de s’asseoir à côté d’elle.

Toujours.

Elle essaie de ne pas y penser.

Vraiment.

Mais son cerveau est rendu inutile.


Un soir, dans l’autobus, il lui enlève doucement ses écouteurs d’une oreille.

— Qu’est-ce que t’écoutes ?

— T’es donc ben envahissant.

— Oui.

Aucune honte.

Elle lui tend un écouteur malgré elle.

Leurs épaules se touchent pendant toute la chanson.

Et ça devrait être banal.

Mais ça ne l’est pas.

Pas du tout.

Quand la chanson finit, Romain tourne la tête vers elle.

Très proche.

Trop proche.

— T’as des bons goûts finalement.

Encore ce finalement.

Emma roule des yeux.

— T’es fatigant.

— Mais attachant.

Le pire…

C’est qu’il a raison.


Puis un jour, tout bascule un peu.

Pas à cause de Romain.

À cause d’elle.

Elle est en train de rire à quelque chose qu’il vient de dire. Un vrai rire. Le genre incontrôlable qui fait mal au ventre.

Et tout à coup…

Elle le regarde.

Vraiment.

Le soleil de fin d’après-midi entre dans l’autobus. Éclaire ses yeux. Son sourire. Sa mâchoire parfaite de gars beaucoup trop conscient qu’il est beau.

Et son cœur descend directement dans ses chaussures.

Oh non.

Non non non.

Pas ça.

Pas lui.

Pas maintenant.

Pas le gars le plus inaccessible de l’école.

Mais c’est déjà trop tard.

Parce qu’à partir de ce moment-là…

Elle remarque tout.

La jalousie ridicule quand des filles viennent lui parler.

Le vide quand il est absent.

Le petit stress idiot avant de monter dans l’autobus le matin.

Emma est foutue.

Complètement.


Le problème avec tomber amoureuse…

C’est qu’au début, personne le sait.

Tu continues de fonctionner normalement.

Tu souris.

Tu fais des blagues.

Tu agis comme d’habitude.

Pendant que ton cerveau, lui, est en train de brûler vivant.

Alors Emma devient excellente dans l’art de faire semblant.

Elle devient “la bonne amie”.

La fille relax.

La fille pas compliquée.

La fille qui rit quand Romain parle d’autres filles.

Même quand ça lui donne envie de se jeter en bas du banc d’autobus en mouvement.


Et évidemment…

L’univers décide de tester sa patience immédiatement.

Ils sont assis dans le gymnase pendant une conférence particulièrement plate sur l’intimidation.

Romain est à côté d’elle.

Comme d’habitude.

Son genou touche le sien.

Comme d’habitude.

Puis il se penche vers elle et murmure :

— J’pense que Marilou veut mon numéro.

Emma sent quelque chose se tordre dans son ventre.

Elle garde pourtant le visage neutre.

— Ah ouin ?

— Tu trouves-tu qu’est cute ?

Emma regarde devant elle.

Fixe le vide.

Respire une fois.

Deux fois.

Puis répond avec un calme qui mérite une médaille :

— Ben oui. Vraiment.

Silence.

Romain l’observe quelques secondes.

Comme s’il cherchait quelque chose dans sa face.

Puis il sourit légèrement.

— Hm.

C’est tout.

Juste ça.

Mais pendant le reste de la journée…

Emma a l’impression étrange d’avoir perdu quelque chose.

Quelque chose qu’elle n’a jamais eu.






LES AIMANTS - Chapitre 2

 Chapitre 2 — Salut, Emma

Le pire dans toute cette histoire-là…

C’est qu’Emma pense à Romain toute la journée.

Toute.

La.

Journée.

Pas de manière mignonne et romantique comme dans les films.

Non.

De manière profondément dérangeante.

Comme quand une chanson te reste coincée dans la tête au point de te donner envie de te frapper le front contre un mur.

Elle pense à son sourire.

À sa voix.

À son bras autour de ses épaules comme si c’était normal.

Comme si elle était normale.

Et surtout…

À la façon dont il avait dit son nom.

Emma.

Comme si ça sonnait bien.

Ce qui est franchement la première fois de sa vie.


L’école est immense.

Ou peut-être que c’est juste l’effet “nouvelle fille sans repères”.

Les corridors sentent le casier humide, le parfum cheap et les hormones mal gérées.

Les gens circulent vite autour d’elle.

Tout le monde semble savoir exactement où aller.

Sauf elle.

Évidemment.

Elle regarde son horaire au moins six fois avant de trouver son premier cours.

Et quand elle finit par entrer dans la classe…

Tous les regards se tournent vers elle.

Encore.

C’est fou comment les humains peuvent sentir la vulnérabilité comme des requins sentent le sang.

Le prof l’interrompt à peine.

— Nouvelle élève. Va t’asseoir où il reste de la place.

Merci Roger. Très chaleureux.

Il reste une place.

Toujours une seule.

Au fond.

À côté d’une fille aux cheveux rouges qui mâche sa gomme comme si elle avait un problème personnel avec elle.

Emma s’assoit.

La fille la regarde.

Longtemps.

Puis :

— T’es la fille de l’autobus.

Emma cligne des yeux.

— …quoi ?

— Romain Picard.

Et là, immédiatement, son cœur décide de devenir un imbécile.

— Quoi, Romain Picard ?

La fille ricane.

— Il t’a choisie vite.

Choisie ?

Emma sent déjà qu’elle n’aimera pas cette conversation.

— Je sais pas de quoi tu parles.

— Ben voyons. Romain s’assoit jamais en avant.

Ah.


Toute la journée, les gens semblent savoir qui elle est avant même qu’elle ouvre la bouche.

La nouvelle.

La fille avec Romain.

Ce qui est ridicule.

Elle connaît ce gars-là depuis environ douze minutes et demie.

Mais chaque fois qu’elle tourne un coin de corridor…

Il apparaît.

Comme une espèce de démon beaucoup trop beau.

— Salut, Emma.

Toujours ce sourire-là.

Toujours cette facilité insultante d’exister.

Et il agit comme s’ils étaient déjà amis depuis des années.

Au dîner, il s’assoit devant elle sans demander.

Encore.

— Tu survis ?

— À peine.

Il rit.

Et mon dieu qu’il est beau quand il rit.

C’est agressant.

Son frère est avec lui aujourd’hui. Plus silencieux. Plus vieux dans sa manière d’être aussi.

— C’est Médéric, dit Romain.

Médéric fait juste lever la tête un peu en guise de salut.

— Faut pas prendre ça personnel, ajoute Romain. Mon frère parle juste quand c’est nécessaire.

— Contrairement à toi ? demande Emma avant de réfléchir.

Silence.

Puis Romain éclate de rire.

Un vrai rire.

Fort.

— Ahhh, ok. Toi t’es drôle finalement.

Finalement ?

Elle veut être insultée.

Mais elle rit aussi.

Contre son gré.


Les jours passent.

Et Romain devient une habitude.

Une habitude dangereuse.

Il vient la voir entre les cours.

Il l’attend près de son casier.

Il lui lance des commentaires niaiseux juste pour la faire rire.

Et elle rit.

Beaucoup trop.

Le pire, c’est qu’avec lui, elle oublie d’être nerveuse.

Elle oublie qu’elle est nouvelle.

Elle oublie même qu’elle essaie normalement de passer inaperçue.

Avec Romain, tout semble simple.

Trop simple.


Le vendredi suivant, Emma monte dans l’autobus.

Et sans même réfléchir…

Elle regarde vers le troisième banc.

Comme si c’était déjà sa place.

Comme si lui aussi allait déjà être là.

Elle s’assoit.

Attends.

L’autobus avance.

Un arrêt.

Deux arrêts.

Puis celui des frères Picard.

Son cœur accélère avant même qu’elle le voie.

Pathétique.

Le frère monte en premier.

Puis Romain.

Et dès qu’il met le pied dans l’autobus…

Il la cherche des yeux.

Directement.

Comme si lui aussi savait exactement où regarder.

Puis il sourit.

Ce sourire-là.

Celui qui donne envie de faire des mauvais choix.

Il avance vers elle.

S’assoit.

Son bras derrière ses épaules.

Encore.

Comme si c’était devenu automatique.

Comme si c’était déjà eux.

Emma regarde devant elle pour cacher son sourire.

Et c’est là qu’elle entend une voix derrière.

Une fille.

Moqueuse.

— Fais attention, la nouvelle.

Emma se retourne légèrement.

— Pourquoi ?

La fille hausse une épaule.

— Parce que Romain Picard, c’est jamais une bonne idée.

Silence.

Romain sourit sans même regarder derrière lui.

Comme quelqu’un qui a entendu ça souvent.

Puis il tourne la tête vers Emma.

Et dit doucement :

— Écoute-les pas.

Le problème…

C’est qu’elle ne sait déjà plus si elle en est capable.





dimanche 17 mai 2026

LES AIMANTS - Chapitre 1

Chapitre 1 — Le troisième banc

Emma arrive à l’école en octobre.

Pas en même temps que tout le monde. Pas quand les gens sont encore ouverts, curieux, prêts à adopter la petite nouvelle.

Non.

Elle arrive quand tout est déjà placé. Les groupes. Les regards. Les réputations. Les places dans l’autobus. Surtout les places dans l’autobus.

Premier matin. Air froid. Odeur de feuilles mortes et de stress mal digéré.

Elle monte dans l’autobus.

Un pied. Puis l’autre.

Et tout le monde la regarde.

Pas longtemps. Juste assez pour la classer.

Elle avance dans l’allée en serrant les bretelles de son sac comme si ça pouvait la protéger. Elle scanne les bancs.

Plein.

Plein.

Plein.

Évidemment.

Puis elle le voit. Le seul banc libre.

Troisième rangée derrière la conductrice.

Le pire.

Celui que personne veut. Trop en avant. Trop visible. Trop… gênant.

Parfait.

Elle s’assoit.

Droite. Trop droite. Les épaules raides. Le sac sur les genoux comme un bouclier improvisé.

Elle fixe la fenêtre.

Des maisons. Des arbres. Rien d’intéressant, mais elle fait semblant.

Tout est mieux que de croiser des regards.

Quelques arrêts passent.

Personne ne lui parle.

C’est correct.

C’est exactement ce qu’elle voulait.

C’est exactement ce qu’elle déteste.

Puis l’autobus freine.

Un arrêt un peu plus long.

Une voix derrière lance :

Oh yes, les Picard sont dans notre autobus!

Un gars monte.

Plus vieux. Il ne regarde personne. Il passe tout droit et disparaît vers l’arrière.

Emma ne bouge pas.

Et puis…

L’autre embarque.

Et là, quelque chose déraille.

C’est subtil, mais c’est là.

Comme si l’air changeait.

Comme si tout devenait un peu plus lent.

Il est grand.

Mais pas juste grand. Solide. Large. Le genre de gars qui prend de la place sans s’excuser.

Il marche comme s’il connaissait déjà la fin de l’histoire.

Et il sourit.

Pas un sourire timide. Pas un sourire poli.

Un sourire qui sait.

Emma le regarde.

Elle ne veut pas.

Mais elle ne peut pas ne pas le regarder.

Et lui…

Il la voit.

Direct.

Pas un coup d’œil rapide. Pas un regard qui glisse ailleurs.

Non.

Il s’arrête sur elle.

Comme si elle était la seule chose dans cet autobus plein.

Une seconde.

Peut-être deux.

Assez pour que le cœur d’Emma fasse quelque chose de bizarre. Un faux pas. Un oubli.

Elle jurerait qu’il y a quelque chose autour de lui.

Pas visible.

Mais présent.

Une aura. Une chaleur. Une attraction qui n’a pas rapport.

Ridicule.

Mais réel.

Puis il avance.

Direct vers elle.

Pas vers l’arrière comme son frère.

Pas vers un ami.

Vers elle.

Il s’arrête à côté du banc.

Et il s’assoit.

Sans demander.

Sans hésiter.

Comme si la place lui appartenait.

Comme si elle lui appartenait un peu aussi.

Son bras tombe autour de ses épaules.

Naturel.

Trop naturel.

Emma fige.

Son cerveau cherche une réaction. N’importe laquelle.

Rien ne sort.

— Salut.

Sa voix est calme. Grave. Facile.

Son sourire est charmeur.

Comme si c’était la chose la plus normale du monde.

Emma ouvre la bouche.

Referme.

Rouvre.

— …salut.

Bravo.

Très impressionnant.

— T’es nouvelle.

Pas une question.

— Ouais.

— Moi c’est Romain.

Bien sûr que c’est Romain.

Elle ne sait pas pourquoi, mais ça fit.

— Emma.

Il sourit encore.

Évidemment.

— Tu viens d’où, Emma ?

Elle répond.

Mal.

Trop vite. Trop bas. Trop mêlé.

Elle ne sait même pas si ça fait du sens.

Mais lui écoute.

Ou fait semblant vraiment bien.

Et il ne bouge pas.

Pas un centimètre.

Son bras reste là.

Chaud. Lourd. Présent.

Et le pire…

C’est que, après quelques minutes…

Ça devient normal.

Dangereusement normal.

Ils parlent.

De rien.

De tout.

De l’école. Du coin. Des profs qu’elle ne connaît pas encore.

Elle rit. Un peu trop. Un peu nerveusement.

Lui rit pour vrai.

Et chaque fois qu’il la regarde, c’est comme s’il voyait quelque chose que les autres ne voient pas.

Ou comme s’il décidait de le voir.

L’autobus continue.

Les rues défilent.

Le monde existe encore, quelque part autour.

Mais pour Emma…

Tout est un peu flou.

Sauf lui.

Quand l’autobus arrive enfin à l’école, elle ne bouge pas tout de suite.

Comme si descendre allait briser quelque chose.

Romain enlève son bras.

Se lève.

Puis il se tourne vers elle.

— On se voit tantôt, Emma.

Pas peut-être.

Pas si tu veux.

Non.

On se voit.

Et il part.

Comme il est entré.

Avec cette confiance démesurée.

Comme si tout était déjà décidé.

Emma reste assise une seconde de trop.

Puis elle se lève à son tour.

Les jambes un peu molles.

Le cœur pas à la bonne vitesse.

Et une pensée qui s’installe, tranquille…

Claire.

Inquiétante.

Elle ne veut déjà plus être ailleurs que dans cet autobus.

Et elle ne comprend pas pourquoi.

Pas encore…





dimanche 6 juin 2021

Weekend UNIQ en famille

Ce weekend ma famille et moi avons vécus l’expérience UNIQ.

Hôtel UNIQ est un projet qui a vu le jour il y a 2 ans, juste avant la pandémie.  Ce qui devait être un projet d’hébergement suivant les festivals du Québec est devenu une expérience de Glamping (camping deluxe) centrée sur la nature, le bien-être et l’esprit de communauté.  UNIQ, c’est un village en mouvement qui s’installe ici et là, 6 à 8 semaines à la fois.  UNIQ c’est pour Unités Nomades Insolites du Québec.  Pas d’électricité, toilettes et douches communes, place commune extérieure.  Toutefois, vous serez installé dans une grande tente style chambre d’hôtel avec lits et literie très comfo, vous avez un espace pour grignoter ou travailler; tout ça en pleine nature.

 


Un soir, j’ai vu passer sur Facebook une publicité annonçant une expérience différente de camping.  Les deux premiers mois de la saison 2021, UNIQ s’est installé au Parc des chutes d’Armagh.  Super, c’est à 50 minutes de chez nous!  Sans hésiter, j’ai réservé en ligne.  J’avais le goût de faire quelque chose en nature, j’avais envie de bouger, d’essayer quelque chose de nouveau.  

Une fille s’essaye, t’sais!!

 

Le jour venu, on s’est rendu sur place.  On doit appeler un numéro pour aviser que nous sommes arrivés.  On a été accueilli par Myriam, nul autre que la fondatrice et propriétaire du concept UNIQ.  Elle nous a dirigé vers notre unité et expliqué les détails du weekend.  On nous attendait vers 18h30 pour un cocktail de bienvenue à la place commune et un groupe de musiciens et chanteurs folkloriques allait nous faire danser à compter de 20h.  On nous a aussi offert une séance d'étirement en mouvement offert par Nomad Fitness (ce que nous n'avons pas pu faire par manque de temps).  C'était offert à 9h samedi et dimanche matin. On a donc déchargé la voiture, placer nos lits et nos bagages et on est allé se promener sur le site.

 

 


Sous la tente commune, il y a plusieurs tables de pique-nique bien distancées, des BBQ, des poêles au propane, de la vaisselle; tout ce qu’il faut pour se faire à manger et faire la vaisselle par la suite!  Ils fournissent aussi de l’eau, du café, du chocolat chaud, du thé… et du chasse-moustique au cas où.

18h30, c’est le cocktail.  On a fait la rencontre des autres habitants de notre village éphémère, ceux qu’on allait croiser souvent dans les sentiers, au déjeuner/diner/souper, avec qui on allait faire des jeux, avec qui on allait chanter et danser autour du feu!  

Un petit verre avec des produits québécois, un souper avec la famille à notre table et avec les autres campeurs aux autres tables. L’esprit de communauté qui s’est installé était parfaite.  Les gens se respectent tellement.   

20h30, la soirée ne fait que commencer.  On part les feux, on sort des bûches et la musique commence.  De la gigue, un violoneux, de la guitare et des chansons à répondre.  On a dansé, on a ri, on a chanté; même si on gardait une certaine distance, on se sentait revenu à une vie normale.  On s’est couché bien fatigué en ayant déjà hâte au lendemain.




Samedi matin, on s’est dirigé tôt vers la tente commune.  Des lève-tôt étaient déjà attablés avec un bon café.  Les gens d’UNIQ nous ont fait et servi du café d’une brûlerie du coin.  On a apporté nos trucs à déjeuner, on a fait notre vaisselle et on est parti faire une promenade dans les sentiers du parc.  Les chutes et la rivière sont magnifique.  On a pu admirer des chutes, sauter sur des roches, tremper nos pieds à l’eau, écouter un show de ouaouarons; tout ça avec la participation très appréciés de Dame Nature.  On a même pu pêcher!  

  

HISTOIRE DE PÊCHE : mon fils qui est un grand pêcheur est allé patiemment lancer sa ligne à quelques reprises sans jamais avoir le moindre signe de poisson.  Il me demande d’y aller avec lui; j’accepte en me disant qu’il n’y avait pas de risque que j’ai à décrocher un poisson de ma ligne.  Et bien, premier lancé; BOUM, une belle petite truite!  Une chance que le mari était là; il n’était pas question que je touche à ça.  J’essaierai ça une prochaine fois!!  Ce fût le seul poisson qu’on a vu de tout le weekend!

Le samedi soir, un peu la même chose que la veille; un souper sur les BBQ avec nos nouveaux amis et Myriam et sa gang nous avait réservé une autre surprise; un chansonnier!
  On a encore une fois chanter fort, beaucoup ri et appris à connaitre trop de bon monde.

 

Il y a plein d’autres activités qu’on aurait pu faire, mais le temps nous a manqué.  Une piste cyclable passe directement au parc des chutes d’Armagh.  La microbrasserie de Bellechasse est non loin de là.  Vous pouvez aussi visiter la ferme Cassis et Mélisse.  Un endroit à découvrir!

 

Nous sommes repartis dimanche matin en saluant nos voisins, en échangeant nos comptes Facebook et Instagram.  Une expérience que je referais n’importe quand. 

Si vous voulez essayer; le village UNIQ  sera au Parc régional de la seigneurie du lac Matapédia (Camp Sable chaud) en Gaspésie du 2 juillet au 30 août et au Domaine St-Bernard au Mont-Tremblant du 3 septembre au 11 octobre.  Réservez vite, déjà plusieurs dates sont complètes.

Bon Glamping Gang!!



dimanche 15 novembre 2020

La pandémie m'a brisé.

 Je suis une bonne employée. Je suis travaillante. Je suis polyvalente.  Je suis professionnelle. Je donne mon 100% dans ce que j’entreprends.  Je suis un atout important pour mon employeur.  On peut me faire confiance.  Je sais voir le travail et je le fais avec rigueur. Je gère les projets, je les amène à terme.  

 

Je suis une bonne maman.  J’aime gâter mes enfants.  J’aime les voir grandir et s’épanouir.  Je suis présente pour eux et je leur inculque de bonnes valeurs.  Je leur fais de bon repas et de beaux desserts.  Je joue, je ris avec eux.  C’est un bonheur de les voir apprendre.  Je suis si fière de ce qu’ils deviennent.

 

Je suis une bonne épouse. Je suis amoureuse, cajoleuse.  J’aime avoir du temps avec mon mari; rire, danser, flâner. On a tellement de plaisir ensemble. Je crois en lui; je le trouve si beau et si bon.  Il peut tout faire. J’apprécie notre temps en famille; les jeux, les films, les projets.

 

Je suis une bonne personne. Je suis positive.  J’apprécie la communication, être entourée de gens.  Je suis curieuse, sociable et souriante.  J’aime aider; tout essayer.  Je peux tout faire, rien ne m’arrête.

 

Mais cette fille-là, on l’a échappé il y a quelques mois.  Elle s’est brisé.

 

Se lever le matin, c’est difficile. Aller au travail, c’est angoissant.  Rencontrer des gens en entrevue, c’est fatiguant.  Entendre les collègues faire leur travail, c’est dérangeant.

 

Se lever le matin, c’est difficile. Préparer le diner et le souper, c’est angoissant.  Faire les devoirs, c’est fatiguant.  Entendre les enfants jouer et s’amuser, c’est dérangeant.

 

Se lever le matin, c’est difficile.  Discuter avec mon mari, c’est angoissant.  Faire le ménage de la maison, c’est fatiguant.  Voir mon mari tout faire dans la maison, c’est dérangeant.

 

Je suis fatiguée et émotive.  J’ai envie de ne parler à personne.   Je suis anxieuse, marabout et irritable.  Mes collègues parlent trop fort.  Le travail ne me motive plus.  Les tâches qu’on me demande me semblent tellement insignifiantes. 

Mes enfants m’énervent.  Je n’ai pas envie de les écouter me raconter leur journée.  Mon mari m’énerve.  Je n’ai pas envie d’avoir de câlins ni de bisous. 

Ce qui m’animait, maintenant me démoralise.

 

La pandémie m’a vraiment brisé.  Et je cherche comment me réparer…

 

On nous a demandé de se confiner contre une menace inconnue et invisible. 

On nous a demandé de rester chez nous; de ne plus côtoyer nos familles ni nos amis. 

On nous a demandé de fermer nos commerces.  Plus d’emploi, plus de salaire.

On nous a demandé de laisser tomber nos loisirs.

On nous a demandé de travailler à temps plein de la maison avec des enfants qui réclament de l’attention et des soins.  On a continué de le faire en se disant qu’au moins, nous on a un salaire.

On nous a demandé de réorganiser notre système d’éducation.

On nous a demandé de scolariser nos enfants à la maison.

On nous a demandé de renouveler nos pratiques de A à Z et de réinventer notre travail en quelques semaines.

On nous a demandé d’éviter les contacts physiques, de garder 2 mètres de distance avec quiconque ne faisant pas partie de notre foyer.  Plus de câlin, plus de proximité.

On nous a demandé de se masquer.  À quoi bon sourire!

 

On est passé à une vie 2.0 en quelques semaines. 

Trop de changement, trop rapidement. 

Y’a de quoi développer un beau trouble d’adaptation, non!

 

Au moins je sais que je suis brisée.  Maintenant reste à trouver comment me réparer.

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